Conflits à l’Est de la RDC : « Le processus de Doha est une distraction », dit Nicaise Kibel’bel Oka

Le journaliste et écrivain Nicaise Kibel’bel Oka/Ph. Tiers

Le gouvernement congolais devrait se méfier du processus de Doha et miser davantage sur les accords de Washington pour mettre fin à la crise dans l’Est de la RDC. C’est l’avis d’un spécialiste des questions de défense et de sécurité, exprimé ce vendredi 24 avril 2026. Il qualifie les pourparlers de Doha de distraction qui fait gagner du temps au Rwanda dans son agression contre la RDC. L’analyste appelle également le pays à renforcer sa puissance, notamment militaire et économique, pour dissuader ses voisins.

Dans une analyse publiée sur la chaîne YouTube « Les Coulisses TV », Nicaise Kibel’bel Oka, journaliste et écrivain spécialisé sur les groupes armés dans la région des Grands Lacs, remet en question la pertinence du processus de Doha.

Selon lui, ce cadre, aujourd’hui délocalisé en Suisse, ne correspond plus aux réalités du conflit et détourne l’attention des véritables enjeux. Il estime que le gouvernement congolais devrait plutôt s’appuyer sur les accords de Washington, qu’il juge plus clairs et plus adaptés.

« Le pourparler de Doha transposé en Suisse est un recul qui mêle une confusion entretenue. Nous avons, d’une part, les Nations Unies, d’autre part, les États-Unis. Les deux reconnaissent que le M23 n’existe pas. Les deux reconnaissent que ceux qui tuent les Congolais sont des militaires rwandais. Alors, la question est simple : pourquoi continuons-nous à aller à Doha ? Pourquoi le gouvernement congolais continue-t-il à dépenser inutilement de l’argent pour des discussions qui sont pratiquement une confusion ? Doha, c’est une distraction pure et simple et nous devrions viser les accords de Washington pour les appliquer », a-t-il expliqué.

Au-delà de cette réalité, l’analyste appelle à un changement de stratégie face aux menaces sécuritaires persistantes à l’Est de la RDC. Il insiste sur la nécessité de renforcer les capacités de défense et de sécurité afin de rééquilibrer le rapport de force.

« Si vous n’êtes pas craint, vous ne serez pas libre. Et pour être craint, il faut être puissant. Trente ans après des agressions répétées de notre pays par le Rwanda, il faut créer la puissance qui va rétablir l’équilibre des forces. Il faut changer le rapport de force. Aujourd’hui, nous devons nous lever, nous défendre et montrer que ces jeux ne devraient plus passer », a-t-il démontré.

Cette analyse intervient alors que le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC/M23 ont réaffirmé en Suisse leur engagement à respecter le cessez-le-feu. Mais, sur le terrain, les combats se poursuivent dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ce qui met en doute l’efficacité de ce processus.

Sam KITHA D.