La situation sécuritaire et humanitaire dans le territoire de Lubero est de plus en plus préoccupante. Réunis le mardi 19 novembre à Musienene, chef-lieu de la chefferie des Baswagha, les acteurs de la société civile ont dressé un tableau sombre, marqué par une instabilité persistante et des déplacements massifs de la population.
Selon la déclaration sortie par la société civile, au moins 52 villages du secteur de Bapere et de la chefferie des Baswagha, dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, ont été vidés de leurs habitants à la suite des attaques répétées des ADF depuis la nuit du 8 septembre dernier. Elle dresse un bilan provisoire de plus de 288 civils tués et de plusieurs personnes prises en otage lors de ces attaques.
Selon cette structure citoyenne, les villages ciblés et désertés dans le secteur de Bapere sont : Ntoyo, Mukondo, Kasenyi, Makelekele, Pangoya, Bandulu, Gwado, Robinet, Malunguma, Mabuo, Fatua, Mangazi, Etinge, Mabinda, Bikoko, Luhowa, Makokie, Bumili, Yengesa, Midede, Mabuna, Isange, Bududia, Mbibinabo, Etaito, Fungulamogho et Katrikwaze.
Dans la chefferie des Baswagha, les villages concernés sont : Ngohi, Kayiro, Masingi, Beue, Senga, Makoko, Mambungu, Kiseghe, Mabiongo, Makuta, Biambwe, Tsakatsaka, Kaembe, Sambalisa, Vukohwa, Rozasupra, Kili, Kirimba, Kalundu Mabambi, Kighuma, Kasanga, Maiba, Masakoki, Mukondo et Sangara.
Les populations de ces localités ont fui vers des villages jugés plus sûrs, souvent sans assistance humanitaire. La société civile déplore également la faible présence des services de défense et de sécurité. Elle accuse plusieurs officiers d’être impliqués dans des activités illicites, notamment l’exploitation du bois, des minerais et du tabac, au détriment de la sécurisation des civils.
Dans ce document, elle pointe aussi la multiplication des groupes Wazalendo dans ces villages, accusés de tracasseries et de créer une confusion avec les ADF, ce qui impacte les relations civilo-militaires. Cette situation, poursuit la déclaration, pousse une partie de la population à exiger le retrait immédiat de ces groupes des zones habitées.
« Des cas d’arrestations arbitraires de jeunes, des cas de viols sur mineures, des attaques contre les structures sanitaires, des pillages et des incendies de maisons, ainsi que plusieurs autres abus commis par des porteurs d’armes, sont régulièrement rapportés, accentuant la psychose au sein des populations locales », regrettent ces structures citoyennes.
Face à cette situation, la société civile appelle le gouvernement central à retirer sans délai tous les groupes Wazalendo des zones densément peuplées. Elle recommande que ceux-ci soient acheminés vers des sites de capacitation ou vers la réserve armée de la défense nationale. Enfin, elle demande au gouvernement national de renforcer les services de sécurité, et surtout ceux du renseignement, afin de leur permettre de jouer pleinement leur rôle dans les zones encore menacées par les ADF. La société civile demande, par ailleurs, au gouvernement provincial d’initier un dialogue communautaire sur la sécurité et exige, sans condition, le retrait des éléments Wazalendo dans les zones densément peuplées afin d’épargner la vie des civils innocents et sans armes.
Depuis les massacres de civils à Biambwe par les rebelles de l’ADF dans la nuit de vendredi à samedi 15 novembre, ayant fait près de 30 morts, des voix se sont élevées pour dénoncer le silence des décideurs face à ces violences dans le Nord-Kivu en général, et plus particulièrement dans le territoire de Lubero.
Laetitia Vusara