Nord-Kivu : les massacres des ADF constituent-ils un génocide ? La question qui divise ! 

Les tueries par l’ADF et autres groupes armés à Beni, Irumu, Mambasa, Lubero et Djugu entrent-elles dans la logique du génocide pour des gains économiques, GENOCOST ? La question a divisé les invités à l’émission débat “Droit de savoir” du dimanche dernier sur Radio Moto Oicha.

Ce débat est intervenu au lendemain de la troisième commémoration de la journée nationale du GENOCOST, en RDC, le 2 août.

Le juriste de formation et le membre de l’association Ubuntu Panafrica, une ASBL membre de la société civile, tous deux invités de l’émission de ce dimanche, ont parlé des tueries qui exigent mémoire, vérité et justice. Leurs lectures étaient, cependant, différentes quant à la qualification de ces massacres.

Le juriste Darius Syayira hésite à parler de génocide, au regard des éléments constitutifs.

Voici une transcription fidèle, dans un français simple et direct :

« Comme juriste, je dirais que nous ne sommes pas dans le génocide, au regard des éléments constitutifs de ces crimes-là. Parce qu’ici, tout le monde est ciblé : que ce soit un Pygmée, un Nande, un Mbuba, ou qui que ce soit… il n’y a pas de distinction par rapport à ceux qui vont se retrouver avec les assaillants. Ce n’est pas que je minimise le nombre des morts ici, non. Mais j’estime que, en tout cas, de la façon dont les actes sont en train d’être perpétrés ici, comme cela ne cible pas un groupe protégé, alors il y aura difficulté à qualifier ce qui se passe ici comme un crime de génocide. C’est-à-dire qu’il faut chercher un autre qualificatif dans ce sens-là », dit-il.

Maître Fidèle BALYAMU, d’Ubuntu Panafrica, lui, parle d’un génocide, dès lors que les citoyens ciblés par ces tueries sont ceux qui habitent les zones minières. Pour ce coordinateur du projet « Wapi Jiwe Langu Kwa Usalama », tout le monde au Congo mérite la protection, et non pas seulement un groupe ethnique.

« Nous sommes en face d’un génocide. Et maintenant, nous faisons face à une communauté dite internationale complice, à une justice internationale qui fait semblant de nous accompagner, mais qui ne veut pas aller jusqu’au bout de la logique. On tue au Congo, tout le monde le sait. Quand nous parlons de génocide, c’est parce que nous voulons insister sur le fait que ce qui se passe ici est bien un génocide. Et pourquoi cela se passe-t-il en RDC ? C’est parce que les gens veulent nos minéraux gratuitement. Les minerais du Congo sont la cause. Mais ce n’est pas parce qu’on insiste sur la cause qu’il ne s’agit pas d’un génocide », dit-il.

Et d’ajouter : « Nous avons les minéraux, mais les gens ne veulent pas les acheter, ils veulent les prendre gratuitement. Si nous-mêmes ne pleurons pas nos morts, est-ce que ce sont nos ennemis qui vont le faire à notre place ? Ce n’est pas parce qu’un génocide n’est pas reconnu qu’il n’a pas existé », révèle Fidèle Ubuntu.

L’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l’ONU en 1948, et repris dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, définit le génocide comme un acte commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en tant que tel.

Nganga Victor

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