RDC–Rwanda : retards inquiétants dans la mise en œuvre de l’accord de Washington

Cinq mois après la signature de l’Accord de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda, sa mise en œuvre avance à pas de tortue. Conclu le 27 juin 2025, le texte comporte trente engagements prioritaires, mais seuls dix-neuf ont connu un début d’exécution, et encore très faible : moins de 24%. Pourtant, les présidents congolais et rwandais sont attendus jeudi prochain à Washington pour la signature finale de l’accord.

Selon le rapport de suivi du mois de novembre, sur les trente tâches opérationnelles prévues, dix-neuf seulement ont été amorcées, soit un taux global de mise en œuvre de 23,3%. L’accord répartit les responsabilités entre trois parties : la RDC (vingt-six tâches), le Rwanda (vingt-deux) et les partenaires internationaux (sept), parmi lesquels les États-Unis, le Qatar, l’Union Africaine et plusieurs agences onusiennes. Malgré ces engagements, la dynamique reste lente et inégale, alimentant les doutes quant à la volonté réelle des parties de transformer l’accord en actions concrètes.

Alors que la situation sécuritaire à l’Est de la RDC demeure explosive, ces retards fragilisent davantage un processus de paix déjà marqué par des violations répétées du cessez-le-feu et un climat de méfiance persistant. Les partenaires régionaux et internationaux sont ainsi appelés à intensifier leurs efforts diplomatiques pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être. Sans volonté politique claire ni actions tangibles sur le terrain, l’accord de Washington risque de rejoindre la longue liste des initiatives restées sans résultat dans la région des Grands Lacs.

Parallèlement, les affrontements entre les FARDC et l’AFC/M23 se poursuivent sur plusieurs fronts au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, malgré la signature d’un accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23 à Doha, le 15 novembre 2025. Ces combats remettent en cause la portée de ce nouvel accord et interrogent la bonne foi des acteurs impliqués.

La crise humanitaire, elle, ne montre aucun signe d’amélioration. La réouverture de l’aéroport de Goma, essentielle pour acheminer rapidement l’aide humanitaire, reste bloquée, notamment en raison de décisions politiques rwandaises.

Enfin, les mécanismes de suivi prévus par l’accord, tels que le Comité mixte de coordination (JOC) et le Mécanisme conjoint de sécurité (JSCM), semblent fonctionner au ralenti. Leurs rapports mensuels, sommaires et peu transparents, ne reflètent ni l’ampleur des blocages opérationnels ni les responsabilités de chaque partie en cas de manquement.

Laetitia Vusara

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