RDC : trois anciens chefs d’État africains reçus par le M23 à Goma, Kinshasa attend des avancées concrètes dans les processus de paix

Trois anciens chefs d’État africains, engagés dans la médiation de l’Union africaine, ont été reçus lundi 5 octobre 2026 à Goma par les responsables de l’AFC/M23. Cette visite s’inscrit dans les différents processus diplomatiques engagés pour tenter de mettre fin à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Selon le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, la présence de ces anciens dirigeants dans une zone contrôlée par l’AFC/M23 s’inscrit dans le cadre de la médiation portée par le président togolais Faure Gnassingbé.

Les trois anciens chefs d’État ont échangé avec les responsables de l’AFC/M23 sur les différents processus de paix. Kinshasa dit attendre de ces démarches des résultats concrets, notamment pour améliorer la situation des populations vivant dans les zones contrôlées par le mouvement.

« C’était un panel d’anciens chefs d’État qui travaillent dans le cadre de la médiation de l’Union africaine portée par les présidents du Conseil togolais, le président Faure Gnassingbé, et donc c’est dans ces cadres-là qu’ils sont arrivés à Goma, parce qu’ils ont un agenda de la médiation qui tient », explique Patrick Muyaya.

Le porte-parole du gouvernement estime que ces processus doivent permettre de mettre fin aux souffrances des populations affectées par les violences.

« De toute évidence, nous nous attendons de desserrer l’étau sur nos populations qui ploient sous la gouvernance par crime. Chaque jour, on compte de morts, chaque jour, on compte des victimes », affirme-t-il.

Patrick Muyaya rappelle également la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui demande notamment au Rwanda de retirer ses forces du territoire congolais et de cesser son soutien au M23.

Pour Kinshasa, l’objectif reste de parvenir à une issue aux différents processus diplomatiques afin de répondre aux besoins humanitaires des populations vivant dans les zones affectées.

« Donc l’idée pour nous, principalement, c’est d’arriver à la fin de ces processus pour nous permettre de répondre aux urgences humanitaires qui connaissent nos populations sur place », poursuit le porte-parole du gouvernement.

Malgré la multiplication des initiatives de médiation, les combats se poursuivent dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Pour Patrick Muyaya, le Rwanda constitue un obstacle à la mise en œuvre de certains engagements pris dans le cadre des processus de paix.

« Il est évident qu’il y a un président, en l’occurrence le président rwandais, qui ne veut pas en réalité cesser d’épuiser les ressources dans l’est de la République démocratique du Congo », accuse-t-il.

Le porte-parole du gouvernement congolais évoque notamment l’accord signé à Washington avec les États-Unis et estime que les événements survenus par la suite montrent, selon Kinshasa, les difficultés à faire respecter les engagements pris.

« Souvenez-vous qu’au 4 décembre, nous étions à Washington, où nous avions signé cet accord avec le gouvernement américain. Mais vous avez vu après l’invasion qui a été faite sur Ouvira, les sanctions américaines en disent langue sur le coupable, justement, de tous ces blocages que nous connaissons dans les cas de ces processus de paix », a-t-il rappelé.

Patrick Muyaya affirme que la RDC respecte, de son côté, les engagements pris dans le cadre des accords de Washington.

« Nous, comme République démocratique du Congo, dans les cas des accords de Washington, nous nous acquittons de notre part, mais il faut deux pour danser la rumba », ajoute-t-il.

Face à la poursuite des violences, Kinshasa plaide pour un durcissement des sanctions contre le Rwanda. Le porte-parole du gouvernement estime que ces mesures pourraient contribuer à pousser Kigali à respecter les engagements issus des différents processus diplomatiques.

« Je pense qu’il faut encore des sanctions plus robustes pour que le président Kagame et ses troupes et ses fils souscrivent pleinement à ce que recommandent tous les processus diplomatiques », déclare Patrick Muyaya.

La visite des trois anciens chefs d’État à Goma intervient par ailleurs dans un contexte politique particulier. Elle rappelle le séjour de l’ancien président congolais Joseph Kabila dans cette même ville, alors sous contrôle de l’AFC/M23, une visite qui avait suscité plusieurs controverses sur la scène politique congolaise.

Sam Kitha D.

LA UNE