Les récentes sanctions américaines contre le Rwanda continuent de susciter des réactions au sein de la classe sociopolitique congolaise, quarante-huit heures après leur annonce. Plusieurs acteurs estiment qu’elles affaiblissent l’armée rwandaise, directement ciblée par ces mesures, et pourraient constituer un pas décisif vers le retrait des troupes rwandaises du sol congolais ainsi que la fin de leur soutien à l’AFC/M23. Ils appellent toutefois l’Union européenne et d’autres partenaires de Kigali à emboîter le pas aux États-Unis.
Pour le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA), ces mesures représentent un coup dur pour Kigali. D’après Steward Muhindo, l’un de ses militants, ces sanctions affaiblissent considérablement l’armée rwandaise, notamment dans son positionnement au sein des missions internationales, et pourraient contraindre le Rwanda à retirer ses troupes de la RDC.
« Ces sanctions limitent les capacités de l’armée rwandaise à interagir avec des entités américaines, mais aussi à bénéficier du soutien des États-Unis. Je pense en tout cas qu’elles sont susceptibles de pousser le Rwanda à retirer ses troupes du Congo. Le Rwanda est vraiment dépendant des Nations unies aussi bien sur le plan militaire que sur le plan du financement du développement », a-t-il déclaré.
Poursuivant son intervention, Steward Muhindo invite l’Union européenne et d’autres partenaires de Kigali à imiter l’exemple des États-Unis.
« Nous appelons d’autres partenaires du Rwanda, notamment l’Union européenne et ses États membres, la Chine… à s’inscrire dans la logique des États-Unis en poussant le Rwanda à retirer ses troupes de la RDC », a-t-il ajouté.
De son côté, le Prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a salué une décision qu’il qualifie d’importante, mais insuffisante. Dans une déclaration publiée le 3 mars 2026, il considère ces sanctions comme un premier pas vers la fin de ce qu’il appelle une « guerre d’agression » menée par Kigali avec l’appui du M23 depuis novembre 2021. Le gynécologue congolais appelle à une mobilisation internationale accrue.
Il exhorte notamment les Nations unies à réévaluer la participation du Rwanda aux opérations de maintien de la paix. Il rappelle que plusieurs rapports onusiens ont documenté des violations graves du droit international humanitaire dans la région des Grands Lacs. Selon lui, il est incohérent qu’un État mis en cause continue à jouer un rôle actif dans des missions censées promouvoir la paix.
Dans la même logique, l’organisation internationale Human Rights Watch a également salué ces sanctions, qu’elle qualifie d’effort significatif pour faire respecter les engagements pris dans le cadre des accords de Washington conclus en décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali, sous médiation américaine. Sa directrice adjointe à Washington estime que les gains territoriaux du M23 n’auraient pas été possibles sans l’implication directe de l’armée rwandaise.
Les mesures américaines ciblent notamment le général Mubarakh Muganga, chef d’état-major de la défense rwandaise, ainsi que trois autres officiers supérieurs. Au-delà des individus visés, elles touchent également l’armée rwandaise en tant qu’institution. Ces sanctions prévoient le gel des avoirs des officiers concernés aux États-Unis et interdisent toute transaction avec des citoyens américains. Washington avertit par ailleurs que toute institution financière impliquée dans des opérations avec les personnes sanctionnées pourrait s’exposer à des représailles.
Jean-Claude Mbafumoja