À Masambo, dans le secteur de Ruwenzori, territoire de Beni, les cas de grossesses précoces deviennent de plus en plus récurrents. Cela devient un enjeu social majeur, révélateur d’un système où les droits des jeunes filles sont sacrifiés sur l’autel des coutumes, de la pauvreté et de l’impunité.
Dans cette partie du groupement de Basongora, il n’est pas rare que des adolescentes de 13 à 17 ans tombent enceintes, souvent après des relations avec des hommes plus âgés.
Dans le village de Masambo, comme dans plusieurs autres contrées du groupement Mabasongora, les grossesses précoces sont devenues un phénomène alarmant.
Mais bien souvent, au lieu qu’une plainte soit déposée en justice, ce sont des arrangements à l’amiable qui sont conclus, au détriment des jeunes filles. Ces solutions familiales, généralement dictées par la pauvreté ou la peur du scandale, sont devenues une norme silencieuse. Les auteurs échappent aux poursuites, tandis que les victimes se retrouvent abandonnées, indique Benga Falco, chef du village.
“Maintenant, c’est ce qui est en train de s’observer : les arrangements familiaux. Les familles impliquées, les familles des auteurs… nous voyons directement un arrangement qui n’est pas conforme à la loi”, explique-t-il.
Selon lui, l’absence de structures d’encadrement de la jeunesse et l’impunité généralisée seraient parmi les causes principales de cette situation préoccupante.
“Nous avons des difficultés, puisqu’ici, il n’y a aucun groupe d’activités pour intégrer ces enfants non scolarisés à la vie sociale. L’absence de ces structures est à la base de cette situation de grossesses. L’impunité est également observée ici à Masambo, car les familles victimes de telles grossesses ne veulent plus faire de suivi ni informer l’État“, ajoute-t-il.
Dans sa récente sortie médiatique, le chef de la division des Affaires sociales du groupement Mabasongora, Kule Sirikani, a recensé au moins cent cas de violences basées sur le genre, dont sont victimes les filles déplacées, sur toute l’étendue de cette juridiction coutumière, pour les mois de mai et juin de l’année en cours.
Face à ces chiffres inquiétants, les autorités locales et les organisations de défense des droits de l’enfant appellent à la mise en place urgente de mécanismes de protection efficaces pour que la justice ne soit plus négociée, mais qu’elle soit rendue.
Fred Mastaki