Le PPRD rejette l’idée d’un dialogue national sans la participation de son autorité morale, Joseph Kabila, et celle du M23. Son secrétaire permanent adjoint, qui s’est exprimé le vendredi 24 juillet, estime que le pouvoir a peur de dialoguer avec certaines personnalités, dont l’ancien chef de l’État. Il accuse le régime de Félix Tshisekedi de faire de certains Congolais des boucs émissaires pour justifier ce qu’il qualifie d’échec face aux défis sécuritaires et socio-économiques du pays.
Le débat autour du dialogue national continue de diviser la classe politique congolaise. Alors que le gouvernement affirme que les discussions annoncées par le président Félix Tshisekedi sont destinées aux Congolais qui n’ont pas pris les armes contre la République, le PPRD dénonce une approche sélective.
Pour Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du parti de Joseph Kabila, le pouvoir ne peut pas exclure certains acteurs du dialogue tout en poursuivant des discussions avec la rébellion du M23 dans le cadre du processus de Doha.
« Lorsqu’on demande le dialogue, on voudrait bien qu’il y ait un dialogue entre lui et le M23 parce qu’ils le font déjà. Ils le font à Doha, ils le font à Montreux et ils continuent à se donner des rendez-vous. Mais lorsqu’on demande un dialogue inclusif, lui, il pense que cela doit être avec les autres, la C64. Pas avec ceux-là parce qu’il a d’autres lieux de rendez-vous avec eux. Jusqu’à aujourd’hui, nous sommes dans une crise qui ne s’explique pas. Un régime reste sourd devant la souffrance, devant les massacres, devant les pillages », a-t-il déploré.
Ce cadre du PPRD accuse également le pouvoir de faire de Joseph Kabila un bouc émissaire de la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Selon lui, les accusations liant l’ancien président au M23 ne reposent sur aucun élément convaincant.
Il estime que le refus d’associer toutes les composantes concernées au dialogue risque de compromettre les efforts de recherche de la paix.
« Mais c’est eux qui nous maintiennent dans ça, parce qu’ils refusent même qu’il y ait un dialogue. Parce qu’au moins, dans le dialogue, on aurait pu dire : « Banyamulenge, venez, est-ce vous qui voulez donner nos minerais aux Rwandais pour que nous ayons la paix ? » On pouvait poser cette question. Pourquoi a-t-on peur ? Félix a peur du dialogue où il y a tout le monde ? J’ai l’impression que pour tous ceux qui ne veulent pas de la paix dans le pays, et qui veulent se nourrir ou maintenir un pouvoir tyrannique dans le pays, Kabila devient alors une personne non grata pour eux. C’est le fait d’un pouvoir qui veut cacher ses échecs derrière le nom de Kabila, qui n’a rien donné à cette population-là, et qui croit qu’en citant simplement le nom de Kabila et en lui collant toutes les étiquettes, que c’est lui le patron du M23, alors qu’il négocie avec le M23 sans l’associer à cette négociation-là. Pour moi, c’est une honte », a-t-il déclaré.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, avait pour sa part affirmé que l’AFC/M23 ne participerait pas au dialogue national. Il estime que la question de cette rébellion est déjà prise en compte dans les processus de Doha et de Washington.
Dans ce contexte, l’exclusion du M23 du dialogue pose également la question de la participation de Joseph Kabila, accusé par le pouvoir d’être lié à cette rébellion. Une accusation que le camp de l’ancien président rejette.
Sam KITHA D.