RDC : le nouveau report de la marche de la C64 ravive les fractures de l’opposition

L'opposant Fayulu et et ses lieutenants lors de la manifestation du 12 juin à Kinshasa. Ph. Tiers.

L’annonce du report de la marche de la Coalition Article 64 (C64), initialement prévue le 22 juillet pour exiger la démission du président Félix Tshisekedi, met en lumière de profondes divergences au sein de l’opposition congolaise. Si les leaders de la C64 ont accepté de suspendre leur mobilisation pour donner une chance au dialogue national inclusif sollicité par la CENCO et l’ECC, plusieurs figures de l’opposition rejettent cette décision et dénoncent un recul politique.

Dans un communiqué signé le 20 juillet, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga expliquent avoir reporté leur marche afin de favoriser l’ouverture d’un dialogue inclusif annoncé par le président de la République. La coalition présente cette décision comme un « geste de responsabilité » et insiste sur le fait qu’elle ne renonce ni à la défense de l’ordre constitutionnel ni à son opposition à toute modification de la Constitution. Elle exige toutefois que le dialogue soit officiellement convoqué avant le 15 août 2026 et accompagné de mesures de décrispation politique.

Cette position est vivement contestée par une autre frange de l’opposition. Depuis son exil, Seth Kikuni estime que la C64 ne représente plus la véritable force d’opposition et affirme que la plateforme « Sauvons la RDC », soutenue par l’ancien président Joseph Kabila, est désormais la seule capable de faire face au régime de Félix Tshisekedi. L’ancien vice-Premier ministre José Makila parle, quant à lui, d’une « désillusion » pour les Congolais et reproche aux dirigeants de la C64 d’avoir reculé au moment où la population attendait une démonstration de force.

Les critiques proviennent également de l’intérieur de la coalition. La députée nationale Dominique Munongo, membre d’Ensemble pour la République, dit ne pas comprendre ce report et s’interroge sur l’existence d’éventuels « arrangements obscurs en coulisses ». Selon elle, de nombreux Congolais avaient placé leurs espoirs dans cette mobilisation.

De son côté, Corneille Nangaa rejette catégoriquement toute perspective de dialogue avec le pouvoir de Kinshasa. Le coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) estime que la crise congolaise ne sera pas résolue par de nouveaux compromis politiques, mais par une refondation de l’État reposant sur une armée forte, une police protectrice, une justice indépendante et une administration fonctionnelle.

Ces différentes prises de position traduisent une opposition désormais divisée sur la stratégie à adopter face au pouvoir. Alors que certains privilégient le dialogue comme voie de sortie de crise, d’autres refusent toute négociation avec le régime en place et prônent le maintien de la pression politique.

Jean-Claude Mbafumoja

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