Après les réactions nationales et internationales suscitées par la répression du sit-in contre le changement de la Constitution, le gouvernement congolais remet en question le bilan humain avancé par l’opposition. Lors du briefing de presse tenu le lundi 15 juin, son porte-parole, Patrick Muyaya, a déclaré qu’aucun rapport officiel des services de l’État ne fait état de décès liés à cette manifestation. Il demande aux organisations et aux acteurs politiques qui évoquent des morts et des blessés de fournir des preuves afin que les responsabilités soient établies.
« S’il y avait des morts répertoriées ce jour-là par nos services, on l’aurait déclaré. Lorsque nous parlons des rapports des services, ce sont des rapports qui viennent de la police, ce sont des rapports qui viennent des services hospitaliers, parce qu’il n’y a pas de blessés qu’on veut garder à la maison. Les blessés, leur place, c’est à l’hôpital pour qu’ils puissent bénéficier de la prise en charge sanitaire qu’il faut. Ce qui a été fait. On a vu des gens dire qu’il y a eu des morts. J’ai même vu un tweet du ministre des Affaires étrangères belge et d’un porte-parole de l’Union européenne. La question, c’est que s’il y a eu des morts, alors qu’ils nous donnent les noms, les identités, les adresses et notre gouvernement va assumer sa part », a-t-il déclaré.
Afin de vérifier les informations avancées par l’opposition, le ministre d’État en charge de la Justice a officiellement saisi les responsables des partis politiques concernés. Selon Patrick Muyaya, cette démarche vise à permettre à la justice de faire toute la lumière sur les événements et à garantir une prise en charge appropriée des victimes annoncées.
« Dans le cas justement de la manifestation de la vérité ou de la justice pour qu’on sache les détails de tout ce qui s’est passé, le ministre d’État, ministre de la Justice, a écrit aux responsables de ces différentes forces politiques qui ont dit qu’il y a eu des morts à tel endroit, qu’il y a eu des blessés à tel endroit, qu’ils nous transmettent les listes, qu’ils nous transmettent les adresses. C’est aussi de cette manière que la justice doit se faire, c’est aussi de cette manière qu’on va prouver qu’on est responsable. Parce qu’il est tellement facile de déclarer des choses sur les réseaux sociaux. Comme ça, on pourra organiser une bonne prise en charge parce que les responsabilités doivent être établies », ajoute-t-il.
Pour rappel, la manifestation organisée vendredi dernier par la coalition Article 64 avait été dispersée par les forces de l’ordre. Elle avait donné lieu à des affrontements entre manifestants et militants de la Force du progrès de l’UDPS, accusés d’avoir vandalisé certains sièges des partis de l’opposition.
Parmi les blessés figurait notamment l’opposant Martin Fayulu, qui avait dénoncé la mort de plusieurs manifestants ainsi que de nombreux blessés. Ces événements avaient suscité de vives réactions aux niveaux national et international, plusieurs acteurs dénonçant un usage disproportionné de la force publique et évoquant des tirs à balles réelles contre certains manifestants.
Rédaction