Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) intensifie ses pressions sur la communauté internationale, dénonçant l’inaction face à l’agression rwandaise contre son territoire. Lors de la deuxième réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation dans l’Est de la RDC, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a exprimé avec fermeté son mécontentement face à ce qu’elle perçoit comme une indifférence de l’Organisation des Nations Unies envers l’agression rwandaise.
Dans une intervention marquée par un ton déterminé, la ministre congolaise a lancé un appel sans équivoque à l’ONU, l’exhortant à imposer des sanctions concrètes contre le Rwanda et ses alliés, plaçant l’organe international devant ses responsabilités.
« Nous exigeons des actions. À quel seuil de catastrophe humanitaire et de violations flagrantes de notre territoire devrez-vous enfin agir pour sanctionner les responsables du M23 et les officiers rwandais et leurs complices ? Si ce conseil ne sanctionne pas, l’histoire marquera ce temps comme l’époque de l’impuissance et de l’indifférence du Conseil de sécurité », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères de la RDC.
Analyse d’un discours ferme et controversé
Pour Frédéric Amani, chercheur associé à la faculté des sciences politiques de l’Université de Lubumbashi, les déclarations de la ministre reflètent la déception du gouvernement congolais face au silence et à l’inaction de la communauté internationale.
« C’est vrai, ces propos montrent une déception de la part de la RDC, de ce qu’elle attendait du Conseil de sécurité mais qui n’a pas été fait. C’est vrai, cette déception se résume dans le fait que le Conseil de sécurité devrait prendre des mesures qui s’imposent vis-à-vis de la rébellion, mais aussi vis-à-vis des États cités comme soutien au M23, notamment le Rwanda et l’Ouganda. Mais aussi, un autre élément, c’est que les propos de Madame la ministre des Affaires étrangères au Conseil de sécurité veulent tout simplement dire que le Conseil de sécurité est face à ses responsabilités en tant qu’organe chargé de rétablir la paix et la sécurité au niveau international », analyse-t-il.
Cependant, certains passages du discours de la ministre ont suscité des critiques. En évoquant la possibilité que « la rue s’en charge » si le Conseil de sécurité échoue à agir, Thérèse Kayikwamba Wagner a provoqué des réactions mitigées. Selon Frédéric Amani, cette déclaration pourrait avoir des conséquences diplomatiques délicates pour la RDC.
« Les propos de Madame la ministre de souhaiter que si le conseil échouait d’apporter des solutions et que la rue va s’en occuper, je crois que ces propos sont, excusez-moi, déplacés et que cela dénote de la frustration ou de la colère. Dans la mesure où si on veut considérer que la rue peut apporter la solution par rapport à ce qui s’est passé à Kinshasa, je crois que cela risque d’enfoncer la RDC face à ses relations vis-à-vis des États-Unis, de la France, de l’Ouganda et des autres pays », a-t-il expliqué.

Le chercheur et consultant en relations internationales rappelle également les incidents récents à Kinshasa, où des ambassades ont été attaquées lors de manifestations contre l’agression rwandaise. Ces actes, bien que motivés par la colère populaire, risquent de ternir l’image du pays sur la scène internationale, a-t-il ajouté, appelant les citoyens congolais à faire preuve de modération. Il souligne que les installations diplomatiques bénéficient d’un statut d’immunité et d’inviolabilité. Le chercheur condamne à cet effet les attaques contre les ambassades, survenues mardi dernier à Kinshasa.
Sam Kitha D.