La justice française a condamné, lundi 15 décembre 2025 à Paris, la capitale de la France, l’ancien chef rebelle congolais Roger Lumbala à 30 ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité commis dans l’est de la République démocratique du Congo. Le verdict a été rendu par la Cour d’assises de Paris, qui a également prononcé une interdiction définitive du territoire français à l’encontre du condamné.
La cour a retenu la responsabilité de Roger Lumbala dans les exactions perpétrées lors de l’opération dite « Effacer le tableau », notamment dans les territoires de Bafwasende, Mambasa et Isiro, dans l’ancienne province d’Orientale au début des années 2000. Selon les magistrats, l’ancien chef rebelle a apporté une assistance déterminante aux forces armées impliquées dans des actes de torture, de traitements inhumains, de viols, d’esclavage et d’autres violences graves contre les populations civiles.
Après avoir boycotté une grande partie du procès ouvert le 12 novembre dernier, Roger Lumbala a été contraint de se présenter à l’audience du verdict. Vêtu d’une jaquette noire et d’un pantalon de sport, il n’est resté que quelques minutes dans la salle avant d’être reconduit, menotté, à l’issue de la lecture de la décision. Cette condamnation marque une étape majeure dans un dossier judiciaire qui aura duré plusieurs années et mobilisé de nombreuses victimes venues témoigner devant la juridiction française.
Du côté des victimes, la décision de la cour a été accueillie avec émotion et soulagement. Pisco Paluku, victime et témoin au procès, n’a pas caché sa satisfaction.
« J’ai été torturé, j’ai même été blessé au niveau de mon avant-bras droit et j’attendais cela parce qu’on avait déjà oublié, et nous sommes arrivés au grand jour où j’exprime mes sentiments de satisfaction quand on condamne ce seigneur de guerre à trente ans de prison. Ma satisfaction, c’est lorsque je vois une justice équitable, voir un homme qui était seigneur au pays être rabaissé au même titre que tout autre citoyen et écoper autant d’années de prison », a-t-il déclaré à l’issue de l’audience.
Même lecture du côté des organisations de défense des droits humains. Xavier Macky, responsable de l’ONG Justice Plus basée à Bunia, constituée partie civile et engagée aux côtés des victimes depuis l’enquête, parle d’un verdict historique et d’un signal fort contre l’impunité.
« Je pense que c’est déjà un bon départ pour la lutte contre l’impunité des crimes graves. Comme vous le savez, toutes ces victimes qui ont été entendues par la cour sont des victimes des faits commis sous l’autorité de Roger Lumbala il y a plus de vingt ans. Et aujourd’hui, je pense que c’est un signal fort, en même temps pour tous les présumés criminels qui continuent à commettre des crimes à l’est de la République démocratique du Congo, pour dire que, tôt ou tard, la justice ne les laissera jamais tranquilles. Pour nous, c’est une bonne chose que nous puissions commencer avec ce genre de condamnation pour donner un signal à tous les autres criminels », a-t-il souligné, évoquant un sentiment de soulagement partagé par les victimes après plus de vingt ans d’attente.
Roger Lumbala dispose désormais d’un délai de dix jours pour interjeter appel. Par ailleurs, un nouveau procès est attendu dans six mois, le 30 juin 2026, afin de statuer sur les dommages et intérêts réclamés par les parties civiles.
RMO