État de siège au Nord-Kivu : l’ancien gouverneur Carly Nzanzu Kasivita dénonce un régime d’exception devenu un mode normal de gouvernance et plaide pour sa levée

L'ancien gouverneur Carly Nzanzu Kasivita. Ph. Tiers

Le maintien prolongé de l’état de siège dans l’Est de la République démocratique du Congo est de nouveau remis en question. Le vice-président de la commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale estime que ce régime exceptionnel, instauré pour répondre à une situation sécuritaire grave, est progressivement devenu un mode normal de gouvernance. Selon lui, ses multiples prolongations ont entraîné des restrictions de plusieurs libertés fondamentales et éloigné cette mesure de son objectif initial.

Invité, mardi 4 août, du Space live organisé par le journaliste Stanis Bujakera, le vice-président de la commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale a expliqué que les difficultés persistantes au Nord-Kivu ne peuvent pas être résolues par des mesures ponctuelles ou des approches improvisées.

Carly Nzanzu Kasivita souligne que la situation exige des réponses structurelles, à la hauteur de la profondeur de la crise. Selon cet élu du territoire de Beni, les causes de l’instabilité dépassent la seule question de la gestion militaire ou civile.

Dans ce contexte, il estime que le débat doit porter moins sur le maintien du régime exceptionnel que sur la capacité des autorités à apporter des solutions durables et crédibles.

« Le régime de l’état de siège restreint beaucoup de choses. Il n’y a pas que le pouvoir politique qui est mis à mal, mais il y a aussi des droits individuels qui sont mis en difficulté. Et donc, les gens souhaiteraient évidemment revivre leur liberté comme cela a été dans l’État. Je suis de la majorité qui gouverne, mais je n’ai jamais soutenu le vote de l’état de siège pour plusieurs raisons. Parce que, effectivement, je l’ai dit, pour des problèmes structurels, il faut des réponses structurelles. Je suis de ceux qui pensent qu’on peut trouver une solution à la sécurité du pays autrement que dans un régime d’exception », a-t-il déclaré.

Carly Nzanzu Kasivita a également établi une comparaison entre la gestion de la province sous état de siège et celle qui pourrait prévaloir dans un cadre civil normal.

Sans défendre une administration militaire, il a laissé entendre que le problème essentiel ne réside pas uniquement dans le type de gouvernance, mais dans l’absence de réponses concrètes aux défis de fond.

À son sens, qu’il s’agisse d’une administration militaire ou civile, la population attend avant tout des résultats tangibles en matière de sécurité, d’autorité publique et de protection des civils.

« Je crois qu’il n’y a pas de comparaison avec le gouverneur civil, parce qu’en fait, les gouverneurs militaires ne sont pas contrôlés par les assemblées provinciales. Ils décident en fonction de leur convenance sur le terrain. Mais quand il y a un gouverneur civil, il y a une assemblée qui contrôle. Vous ne pouvez pas décider sans l’assemblée provinciale d’abord. Et il y a aussi ce contrôle citoyen qu’aujourd’hui, la population ne fait pas. Si on doit regarder l’essentiel, s’il faut faire la comparaison, nous étions plus présents auprès de la population que, évidemment, le régime militaire », a-t-il démontré.

Le gouverneur honoraire du Nord-Kivu a enfin rappelé que l’état de siège lui apparaît comme une réponse forcée, et non comme une solution durable aux problèmes sécuritaires dans les provinces concernées.

Laetitia VUSARA

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