Les attaques des ADF contre les carrés miniers visent à renforcer le financement de la rébellion. C’est l’analyse d’un spécialiste des questions de défense et de sécurité, livrée après plusieurs attaques de ce genre dans le territoire de Mambasa. Selon lui, les ADF disposent déjà d’un réseau d’intermédiaires chargés d’écouler les minerais volés ainsi que d’autres ressources naturelles exploitées illégalement. Il encourage, à cet effet, la population à fournir des renseignements fiables aux services de défense et de sécurité afin de mieux combattre les ADF.
Selon le journaliste, écrivain et enquêteur Nicaise Kibel’Bel Oka, les ADF ne mènent pas uniquement une guerre idéologique. Ils ont également besoin de ressources financières pour assurer leur fonctionnement. Selon lui, les attaques contre les carrés miniers visent avant tout à financer les opérations de la rébellion.
« Toute guerre est avant tout économique, ou toute guerre a des soubassements économiques. Bien que les ADF-MTM mènent une guerre idéologique, toute guerre implique des dépenses. Et cela ne date pas d’aujourd’hui : lorsqu’ils visent les carrés miniers, c’est pour essayer de récolter assez d’argent pour financer leur guerre. Parce qu’il faut financer. Il y a les financements qui viennent de l’extérieur, mais il y a aussi les financements locaux », a-t-il démontré.
Le spécialiste décrit également le réseau mis en place par les ADF pour écouler les produits issus de leurs activités illicites. Selon lui, le groupe rebelle s’appuie sur des intermédiaires chargés de vendre les minerais, le bois ou encore d’autres ressources afin d’alimenter les caisses du mouvement.
« Et ils récoltent les taxes, ils vendent le bois, mais ce n’est pas eux qui le font. Ils ont des intermédiaires, ils ont des sous-traitants qui vont vendre à l’extérieur parce qu’eux ne traversent pas la frontière ; il y a des sous-traitants qui vendent pour eux, qui viennent verser l’argent. Ils peuvent aussi donner des capitaux à des individus qui font du commerce et qu’ils surveillent. Donc, c’est normal qu’ils puissent poser leurs mains sur des carrés miniers parce qu’ils doivent survivre et financer leur mouvement », ajoute l’expert.
Face à cette situation, le chercheur sur les questions de défense et de sécurité appelle la population à renforcer sa collaboration avec les Forces armées congolaises. Selon lui, la qualité des renseignements fournis par les civils reste un élément essentiel dans la lutte contre les ADF.
« La recommandation, elle est la même. Aux communautés de Mambasa, il faut collaborer avec les FARDC, il faut que le mariage civilo-militaire ait lieu, parce que l’ennemi qui ne porte pas de tenue militaire ne peut pas vivre longtemps s’il n’est pas en cohésion avec la population. Et donc, la population a le devoir de communiquer avec les FARDC, mais de donner des vraies, des bonnes informations, des bons renseignements, et les FARDC de bien les utiliser pour traquer l’ennemi », a-t-il exhorté.
Pour rappel, dimanche et lundi derniers, plusieurs carrés miniers ont été attaqués par les rebelles ADF dans le territoire de Mambasa, en Ituri. Depuis plusieurs mois, des exploitants artisanaux travaillent sous la menace permanente de cette rébellion, qui cible de plus en plus les sites miniers.
Sam KITHA D.