Le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution continue de diviser la classe politique congolaise. L’opposant Denis Mukwege juge inacceptable la volonté prêtée au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Il s’oppose également à un éventuel report des élections de 2028 en raison de la guerre dans l’Est du pays. Le prix Nobel de la paix 2018 a aussi critiqué l’accord de Washington ainsi que la posture de la communauté internationale face à la crise sécuritaire en RDC.
Dans une interview accordée à Africanews à Nairobi, au Kenya, le docteur Denis Mukwege est revenu sur le débat autour de la révision constitutionnelle porté par la majorité présidentielle. L’opposant et ancien candidat à la présidentielle de 2023 juge inacceptable l’idée d’un éventuel troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
Pour lui, si les élections ne peuvent pas être organisées en 2028 sans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à cause de la guerre, un référendum constitutionnel ne devrait pas non plus être organisé sans la participation de ces provinces.
« Il dit qu’on ne peut pas organiser les élections puisqu’il y a deux provinces qui sont en guerre, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Si on ne peut pas organiser d’élections pour cette raison, alors on ne peut pas non plus organiser de référendum pour modifier la Constitution, car il faudrait que ces deux provinces puissent également se prononcer », a-t-il déclaré.
Le prix Nobel de la paix 2018 a également critiqué l’accord de Washington, qu’il qualifie d’« inacceptable ». Selon lui, les retombées de cet accord ne sont pas visibles sur le terrain. Denis Mukwege estime que cette coopération favorise davantage l’exploitation des ressources minières congolaises sans garantir la sécurité des populations.
« En ce qui concerne les minerais, il y a déjà des lots de minerais qui partent, mais en contrepartie, nous n’avons pas la sécurité. C’était peut-être au départ une diplomatie transactionnelle, mais aujourd’hui cela ressemble plutôt à de la prédation, puisque nous donnons, mais nous ne recevons pas la sécurité souhaitée », a-t-il démontré.
Le gynécologue congolais a aussi dénoncé ce qu’il considère comme l’inaction de la communauté internationale face à la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC.
« Cela étonne beaucoup de voir comment la communauté internationale peut continuer à être indifférente à la souffrance de la population congolaise. Ce que nous demandons, c’est d’être traités de la même manière que tous les autres peuples », dénonce-t-il.
Outre Denis Mukwege, plusieurs figures de l’opposition congolaise critiquent également l’approche du pouvoir dans la gestion de la crise sécuritaire dans l’Est du pays.
Certains accusent désormais le régime de vouloir instrumentaliser cette guerre pour justifier un éventuel report des élections. Les opposants Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund se sont récemment opposés à toute idée de glissement électoral ou de troisième mandat, après la conférence de presse du chef de l’État Félix Tshisekedi au cours de laquelle il n’avait écarté aucun scénario.
Sam Kitha D.