Les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé actif dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et affilié à l’État islamique, auraient considérablement réduit leur dépendance financière à l’égard de l’organisation terroriste. Selon un nouveau rapport de The Sentry, publié le 27 octobre 2026, le groupe finance désormais une grande partie de ses activités grâce au trafic d’or provenant des zones de conflit, notamment vers l’Ouganda.
D’après cette enquête, les ADF ont développé un système de financement reposant principalement sur l’exploitation et le commerce illicite de l’or, auxquels s’ajoutent les revenus issus de la production de cacao, des extorsions et des enlèvements. Ces différentes activités auraient généré plusieurs millions de dollars, permettant au groupe de renforcer son autonomie financière malgré la pression militaire et les sanctions internationales.
Le rapport indique que l’or extrait des zones contrôlées par les ADF dans l’est de la RDC est acheminé vers l’Ouganda, avant d’intégrer des circuits commerciaux internationaux, notamment en direction des Émirats arabes unis.
Selon Sasha Lezhnev, conseiller politique principal chez The Sentry, l’or illicite constitue désormais la principale source de financement des ADF. Il appelle les acteurs des secteurs aurifère et financier à renforcer les contrôles sur les transactions impliquant l’Ouganda et les Émirats arabes unis afin de limiter la circulation de l’or issu des zones de conflit.
Manguredjipa, une zone stratégique pour le financement des ADF
Dans la région de Manguredjipa, les ADF tireraient entre 1 et 1,6 million de dollars par an des mines d’or qu’ils contrôlent, selon le rapport. Le groupe disposerait également d’autres positions dans des territoires riches en ressources naturelles.
Les enlèvements demeurent par ailleurs un moyen important de renforcer ses effectifs. Ils permettent au groupe de recruter de force des personnes, notamment des enfants, et de maintenir son emprise sur les populations par la violence.
En février 2026, les effectifs opérationnels des ADF étaient estimés entre 600 et 700 combattants, selon les données présentées dans l’enquête.
Le groupe est accusé de nombreuses attaques meurtrières contre les civils dans l’est de la RDC. Ses violences comprennent notamment des massacres, des enlèvements, des incendies d’habitations et des violences sexuelles. En 2025, il figurait parmi les groupes armés non étatiques les plus meurtriers au monde en matière de victimes civiles.
L’opération militaire conjointe RDC-Ouganda mise en question
L’enquête de The Sentry soulève également des interrogations sur les résultats de l’opération militaire conjointe menée par les armées congolaise et ougandaise contre les ADF dans l’est de la RDC.
Selon l’organisation, cette opération aurait contribué à disperser les combattants vers d’autres zones riches en or et en cacao, sans mettre fin à leurs activités économiques. Le rapport estime que la persistance de la menace des ADF permettrait à l’Ouganda de maintenir sa présence militaire dans des régions présentant des intérêts stratégiques, économiques et sécuritaires.
John Prendergast, cofondateur de The Sentry, affirme que l’or provenant des zones contrôlées par les ADF continue d’affluer vers l’Ouganda malgré les opérations militaires. Il appelle à ce que les responsabilités soient établies face à cette situation.
Face à cette situation, The Sentry appelle les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne et le Conseil de sécurité des Nations unies à prendre des mesures pour couper les sources de financement des ADF.
L’organisation recommande notamment de renforcer les enquêtes sur les réseaux de financement, les négociants en or et les intermédiaires impliqués dans les circuits commerciaux liés aux zones de conflit.
Pour Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, les ADF ont démontré leur capacité à s’adapter aux pressions militaires et aux sanctions en développant de nouvelles sources de revenus. Elle estime que la réponse internationale doit évoluer plus rapidement pour empêcher le groupe de financer ses opérations.
Jean-Claude Mbafumoja