Rapport de l’ONU : affaiblis, les ADF changent de stratégie, recrutent via les réseaux sociaux et taxent les populations pour survivre

Des soldats des FARDC (armée congolaise) inspectent le site d'une embuscade tendue par les ADF contre deux véhicules. Les ADF sont un groupe terroriste islamiste basé dans l'est de la RDC qui, ces dernières années, a noué des liens avec l'État islamique après avoir prêté allégeance à la direction de l'organisation. Ils sont connus localement sous le nom d'« État islamique au Congo ». (Photo de Brent Stirton/Getty Images)

Les rebelles des ADF sont actuellement confrontés à un grand problème d’armement et de financement. C’est ce que démontre le récent rapport du Groupe d’experts des Nations unies. Selon ce document, ces terroristes sont également devenus actifs sur les réseaux sociaux, où ils mènent des activités de propagande et de recrutement. Les ADF ont même abandonné progressivement leur ancienne appellation pour se présenter désormais comme la Province d’Afrique centrale de l’État islamique. Le rapport révèle également que, pour faire face à ces rebelles, les FARDC recourent de plus en plus aux groupes Wazalendo.

Selon le rapport des Nations unies, l’intensification des opérations militaires menées dans le cadre de l’opération Shujaa a considérablement affaibli les ADF. À cette pression militaire s’ajoute la réduction du soutien financier provenant de Daech en Somalie. Pour compenser cette baisse de revenus, les ADF ont développé un système de financement local beaucoup plus structuré dans les territoires d’Irumu, de Mambasa et de Lubero.

Le groupe prélève désormais des taxes auprès des populations civiles, des commerçants et des producteurs de cacao. Pour formaliser ces prélèvements, il a créé des jetons servant d’autorisation de circulation, appelés « Dubius », ainsi que des certificats de paiement destinés aux producteurs de cacao sous les appellations « Amani na Upendo » ou « Délivrance Cacao ». Selon les experts de l’ONU, ces taxes sont imposées sous la contrainte. Dans une vidéo de propagande attribuée aux ADF, le responsable Bonge la Chuma déclare que les habitants doivent soit se convertir à l’islam, soit payer les taxes exigées, sous peine d’être tués ou chassés des zones contrôlées par le groupe.

Les experts soulignent que les enlèvements restent l’une des principales sources de financement des ADF. Entre janvier et février 2026, plusieurs enlèvements collectifs ont été enregistrés sur l’axe Komanda-Luna ainsi qu’aux environs de Mamove. Les victimes étaient choisies en fonction de leur capacité présumée à payer une rançon. Pendant leur captivité, elles étaient contraintes d’effectuer des travaux forcés avant d’être libérées après le paiement de sommes négociées comprises entre 2 000 et 5 000 dollars américains.

Le rapport affirme que les ADF continuent de rechercher la reconnaissance et le soutien de Daech. En septembre 2025, le groupe a officiellement rejeté l’appellation Forces démocratiques alliées (ADF) pour privilégier celle de « Province d’Afrique centrale de l’État islamique », marquant ainsi son alignement idéologique avec l’organisation terroriste. Les publications diffusées par Daech présentent régulièrement les attaques des ADF comme une prétendue « croisade contre les chrétiens congolais » menée par les « soldats du califat ».

Les experts indiquent que l’utilisation croissante des kits Starlink a amélioré la connexion Internet dans les camps rebelles. Cette technologie permet désormais aux ADF de transmettre rapidement à Daech des images de leurs attaques afin qu’elles soient diffusées sur les plateformes médiatiques de l’organisation terroriste.

Selon le rapport, Musa Baluku entretient des contacts réguliers avec Daech, tandis que Meddie Nkalubo, alias Punisher, est chargé de gérer les communications destinées à la propagande. Depuis la mi-2025, les ADF diffusent également directement leurs messages sur TikTok, Facebook et YouTube à travers une plateforme baptisée « Guardians of the Truth TV », dans le but d’élargir leur audience et de recruter de nouveaux combattants. En septembre 2025, Daech a aussi diffusé une vidéo présentant les ADF comme une force bien équipée et parfaitement organisée. Toutefois, les experts de l’ONU estiment que cette image ne correspond pas aux réalités observées dans les camps rebelles, où les conditions de vie demeurent particulièrement difficiles.

Même si Daech a réduit son soutien financier, il continue d’apporter aux ADF un appui idéologique ainsi que des orientations stratégiques, notamment en les encourageant à renforcer leurs capacités d’autofinancement.

Le rapport souligne enfin que les contre-offensives des FARDC contre les ADF sont limitées par le manque d’effectifs. Une partie importante des forces congolaises étant mobilisée contre l’AFC/M23 dans le Nord-Kivu, l’armée est contrainte de s’appuyer davantage sur plusieurs groupes Wazalendo, notamment l’Union des Patriotes pour la Libération du Congo (UPLC), certains éléments du NDC-R de Guidon Shimiray Mwissa ainsi qu’un détachement local de l’APCLS dirigé par le général Fimbo. Ces groupes ont participé à plusieurs opérations militaires contre les cellules des ADF, notamment autour de Manguredjipa et sur le site minier de Muchacha en mars 2026.

Le rapport évoque également la mort présumée de Muhammad Kasibante, alias Difenda ou Defender, l’un des principaux commandants militaires des ADF. Il aurait succombé à des blessures subies lors d’affrontements avec les forces de l’opération Shujaa le 14 mars 2026, le long de la rivière Lindi, à Asangwa, dans le secteur de Bapere, à la limite entre le territoire de Lubero et la province de la Tshopo. Toutefois, le Groupe d’experts précise n’avoir pas été en mesure de confirmer cette information de manière indépendante.

Jean-Claude Mbafumoja

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