RDC : le dialogue national divise la classe politique, majorité et opposition se livrent bataille

Félix Tshisekedi, Joseph Kabila, Martin Fayulu, Moise Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Ph. Tiers.

La classe politique congolaise est divisée après l’adresse du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à la Nation, au cours de laquelle il a officiellement lancé le processus du dialogue national. Alors que plusieurs formations proches du pouvoir soutiennent l’initiative présidentielle, la Coalition Article 64 (C64) la rejette, estimant que le processus n’est pas suffisamment inclusif.

À Kinshasa, l’UDPS/Tshisekedi a apporté son soutien à l’initiative du Chef de l’État. Pour le parti présidentiel, les questions liées à l’occupation de certaines zones par l’AFC/M23 et au conflit avec le Rwanda disposent déjà de cadres spécifiques, notamment les processus de Doha et de Washington. L’UDPS estime ainsi que le dialogue national doit permettre aux Congolais d’aborder les autres grandes questions qui touchent la Nation.

« Lorsque la République appelle, chacun doit apporter sa pierre à l’édifice national. Unis, nos divergences sont possibles, nos projets politiques sont différents, mais lorsque l’avenir de la nation est en jeu, le Congo est plus grand que chacun de nous. L’UDPS/Tshisekedi invite chacun à accueillir avec ouverture et responsabilité l’initiative du président de la République », déclare l’UDPS.

L’Union pour la Nation Congolaise (UNC), parti de Vital Kamerhe, soutient également sans réserve le dialogue national convoqué par Félix Tshisekedi.

Le soutien ne vient pas uniquement des formations politiques de la majorité. Les États-Unis ont également salué l’annonce du Chef de l’État congolais. Dans une déclaration, Massad Boulos, conseiller principal pour l’Afrique, estime qu’un dialogue « inclusif et constructif » pourrait constituer une étape importante pour restaurer la confiance, faire progresser la paix et la stabilité et répondre aux aspirations du peuple congolais.

Cette lecture est cependant loin d’être partagée par l’opposition regroupée au sein de la Coalition Article 64. Dans un communiqué publié vendredi 28 août 2026, les cinq principales figures de cette coalition, à savoir Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, ont opposé un non catégorique aux consultations populaires engagées par le Chef de l’État.

La C64 accuse Félix Tshisekedi d’exploiter la guerre dans l’Est et la détresse sociale de la population pour détourner l’attention des urgences nationales. Elle soupçonne également le pouvoir de vouloir préparer les conditions d’une révision constitutionnelle et d’un éventuel troisième mandat présidentiel.

La coalition appelle ainsi la population congolaise à participer à une marche nationale annoncée pour le 15 septembre prochain.

« La C64 se lève contre les ambitions de Félix Tshisekedi qui est prêt à consolider la balkanisation du pays pour son maintien au pouvoir. Nous disons non au changement de la Constitution, au troisième mandat. La C64 réaffirme son appel au peuple congolais pour la marche nationale du 15 septembre contre le changement de la Constitution », annonce la coalition.

Plusieurs membres du gouvernement se sont également prononcés en faveur du processus lancé par le Chef de l’État. C’est notamment le cas de Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur.

Sur la question des groupes armés, Julien Paluku estime toutefois que ceux qui ont pris les armes contre la République doivent d’abord renoncer à la violence avant de retrouver leur place dans le processus national.

Ainsi, entre le soutien de l’UDPS, de l’UNC, de plusieurs membres du gouvernement et l’appui exprimé par Washington, et le rejet catégorique de la C64, le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi ouvre une nouvelle séquence politique en RDC.

Le principal enjeu reste désormais de savoir si ce processus parviendra à rassembler les différentes composantes de la Nation autour de la paix, de la sécurité et de la cohésion nationale, dans un contexte politique marqué par de profondes divergences.

Jean-Claude Mbafumoja

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