Les crimes commis dans l’Est de la RDC relèvent-ils d’un génocide ? Le FONAREV l’affirme, les experts restent sceptiques.

Depuis lundi 31 mars 2025, des experts se réunissent à Kinshasa pour débattre de l’appropriation et de la reconnaissance internationale du génocide congolais. Lors de l’ouverture des travaux, le président Félix Tshisekedi a estimé à plus de 10 millions le nombre de personnes déjà tuées ces dernières décennies à l’Est de la RDC.
Les crimes commis en RDC ces dernières décennies constituent réellement un génocide ?
Pour Patrick Fata Makunga, directeur du Fonds National de Réparation des Victimes, le FONAREV, les crimes perpétrés dans l’Est de la RDC s’apparentent sans aucun doute à un génocide. Il pointe notamment les stratégies employées dans ce conflit, comme l’utilisation du viol en tant qu’arme de guerre. Des éléments qui, selon lui, prouvent que ces atrocités doivent être reconnues comme un génocide.
« L’intensité avec laquelle le crime a été commis dans l’Est de notre pays laisse entrevoir que des communautés ont été ciblées de manière systématique et méthodique. Avec une intention manifeste de la part de nos agresseurs de les supprimer, les déplacer pour enfin exploiter les terres conquises », dit-il.
Mais cette position est loin de faire l’unanimité. Oswald Bafunyembaka, expert en droit international pénal, joint par DW, rejette cette qualification. Il rappelle qu’un génocide suppose une intention claire de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.
À ses yeux, les crimes commis dans l’Est de la RDC s’inscrivent pour l’instant dans les catégories de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Oswald Bafunyembaka souligne également qu’une telle reconnaissance nécessite des preuves solides, issues d’une enquête menée par une commission d’experts des Nations unies.
« Après la perpétration des faits, il y a une commission des experts des Nations unies qui vient enquêter sur des situations et qui arrive à déterminer s’il y a eu génocide. Or, à ma connaissance, il n’y a pas jusqu’à là une commission des Nations unies pour déterminer s’il y a eu génocide », affirme-t-il.
Notons que les travaux de la table ronde sur le génocide congolais se poursuivront jusqu’au jeudi 3 avril 2025 à Kinshasa. L’objectif commun est de fédérer les Congolais autour de cette cause nationale et de poser les bases d’une reconnaissance internationale du génocide congolais.
Sam Kitha D.