Dans le sud du territoire de Beni, la population du village lacustre de Kyavinyonge fait face à une pénurie de poissons dans la partie congolaise du lac Édouard. C’est l’une des conséquences de la surexploitation des produits halieutiques et du non-respect de la réglementation de la pêche dans cette partie de la province du Nord-Kivu. Plusieurs pêcheurs ne parviennent plus à satisfaire leurs besoins familiaux.
Déjà à l’aube sur la plage, plusieurs pirogues de pêche ont accosté, des pêcheurs rangent à nouveau leurs filets. La plupart ont passé une nuit décevante sur le lac, les poissons se font rares. Wilema et Vayitohya, tous deux pères de famille, sont misérablement assis dans leurs pirogues.
« Nous faisons face à une rareté des poissons ici au lac. On se contente du peu qu’on arrive à pêcher. Si on n’arrive pas à trouver des poissons, il y a un risque de dormir sans manger. On mange difficilement à cause de cette rareté », disent-ils.
Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette chute des productions halieutiques, indique Mbusa Katsali Kalumbi, représentant du comité des pêcheurs de Kyavinyonge.
« Cette raréfaction des poissons est due à un laisser-aller. On pratique la scène de plage, la pêche tam-tam, la pêche de la frayeur. Les poissons sont chassés sans relâche, même dans leurs cachettes », révèle-t-il.
La prolifération des groupes armés dans les villages de pêche contribue également à la destruction du lac. L’ingénieur Nsimba Kasongo Deo, officier de pêche à Kyavinyonge, indique que c’est ce manque de production qui pousse les pêcheurs à aller au-delà de la frontière pour se faire arrêter par la marine ougandaise.
« Il y a longtemps que la réglementation congolaise n’est pas respectée. On ne sait plus qui fait quoi sur le lac Édouard. Il y a le ministère de l’Environnement qui est sur place, le ministère de la Pêche qui est sur le lac, l’institution de l’ICCN qui est sur le lac, la force marine qui est au lac et même les coopératives qui se permettent de créer des pêcheries pirates », se lamente-t-il.
La rareté des poissons a poussé plusieurs pêcheurs à changer de profession. Pour subvenir aux besoins de leurs familles, nombreux sont ceux qui ont pris la houe pour créer des champs dans le parc national des Virunga et dans les environs.
Siku Provinces Patrick