La levée des immunités parlementaires de Joseph Kabila par le Sénat suscite une vive controverse au sein de l’opposition et de l’entourage de l’ancien président. Alors que plusieurs figures de l’opposition dénoncent une décision jugée inopportune dans le contexte actuel du pays, les proches de Kabila fustigent ce qu’ils qualifient de dérive autoritaire, accusant le pouvoir en place d’instrumentaliser le Parlement et la justice.
Pour Néhémie Mwilanya, ancien directeur de cabinet de Joseph Kabila, cette décision marque un recul pour la démocratie congolaise. Selon lui, derrière ce qu’il décrit comme la scène surréaliste de la levée des immunités de Joseph Kabila, c’est le pays qui perd une chance pour la paix et son statut de modèle démocratique. Il estime que le pouvoir ne devrait pas se réjouir de cette levée.
De son côté, Prince Epenge, membre de la coalition Lamuka, s’interroge sur les conséquences de cette décision dans un climat déjà tendu. Pour cet opposant, la levée des immunités de Joseph Kabila est une erreur. Dans ce contexte troublé, le porte-parole de LAMUKA pense que le régime devrait privilégier le dialogue plutôt que la confrontation.
Il accuse le président du Sénat, Sama Lokonde, d’un manque de courage et d’avoir plongé le pays dans l’incertitude sans penser au peuple. Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), formation politique de Joseph Kabila, a également réagi. Son secrétaire permanent adjoint, Ferdinand Kambere, appelle à la résistance contre ce qu’il qualifie de “tyrannie”. Il a fustigé la décision du Sénat en évoquant une justice et un Parlement manipulés.
« Ici on suit un réquisitoire qui a ramassé des preuves à gauche, à droite qui sont discutées dans la rue, ou soit exportées de force d’un prévenu. C’est triste pour notre pays, la démocratie est en train de se mourir, la justice et le parlement instrumentalisés contre les opposants du régime. Nous condamnons cette décision arbitraire, illégale, anti-constitutionnelle contre un innocent”, a-t-il fustigé.
Selon plusieurs experts en droit contactés par DW, la levée de l’immunité d’un ancien président aurait dû nécessiter un vote à la majorité des deux tiers au Parlement.
Cependant, le Sénat a suivi les conclusions d’une commission spéciale, estimant que les faits reprochés à Joseph Kabila relevaient de son statut de sénateur à vie et non de ses fonctions passées en tant que chef d’État. Cette demande de levée d’immunité intervient peu après l’annonce par Joseph Kabila de son intention de revenir prochainement au pays via l’Est, une décision qui, selon certains observateurs, pourrait avoir motivé cette démarche judiciaire, conclut notre source.
Sam Kitha D.
