Un député national, élu de Bunia, fustige le silence du gouvernement congolais face aux massacres récurrents dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Il l’accuse de banaliser les tueries attribuées aux rebelles ADF et s’étonne du silence d’une partie de la classe politique et de l’opinion congolaise. L’élu de Bunia dénonce également ce qu’il qualifie d’absence d’opérations militaires efficaces contre les ADF, malgré la présence des armées alliées aux FARDC sur le terrain. Il appelle ainsi à une prise de conscience collective afin de mettre les dirigeants devant leurs responsabilités.
Dans une vidéo publiée vendredi sur son compte X, le député national Gratien Iracan déplore la poursuite des massacres attribués aux ADF dans le Nord-Kivu et en Ituri. L’élu de Bunia dénonce le silence du gouvernement congolais face à ces tueries, qu’il estime aujourd’hui banalisées.
« On se retrouve dans un système où la population, en fait, est abandonnée. Vous vous imaginez, on est en train de mourir à l’Est, il y a une vingtaine de personnes massacrées, et les gens n’en parlent même pas dans le pays. Donc, c’est ce qui est grave, c’est que même quand les gens meurent dans notre pays, ça ne fait pas d’écho, ça ne fait pas de bruit, ça ne fait aucun souci, en fait, ni au gouvernement ni à la population. Et donc, vous voyez, dans d’autres pays, une seule personne tuée, c’est le deuil national, c’est le président qui s’exprime, c’est le pays qui est en deuil, en fait. Mais chez nous, on massacre 25 personnes, les gens se déplacent, et on trouve que c’est normal. Donc, on se retrouve dans un État où la mort est banalisée et la dignité humaine n’existe plus », a-t-il dénoncé.
Le député Gratien Iracan dénonce également ce qu’il qualifie d’inefficacité des opérations menées conjointement par les armées congolaise et ougandaise, avec l’appui de la MONUSCO. Il se dit étonné de la poursuite des massacres malgré la présence de ces trois forces sur le terrain.
« Et ce qui est étonnant, vous savez qu’il y a plusieurs forces de défense qui se retrouvent sur le terrain. Je commence par citer les FARDC, notre armée, qui est sur place, dans une opération conjointe avec l’armée ougandaise. Mais il y a aussi les Nations Unies qui sont là. Mais vous vous imaginez des massacres à répétition quand il y a ces trois grandes armées qui sont sur place, notamment l’Ouganda, la RDC et les Nations Unies. Donc ça veut dire que le monde entier est sur place et assiste en fait à des massacres et n’essaie pas d’intervenir. On se demande à ce moment-là où se retrouve le gouvernement. On ne voit même pas de dispositions, ni d’initiatives du gouvernement, et encore moins d’offensives de sa part avec ses alliés pour contrer ou contenir les massacres », a-t-il fustigé.
Il est à signaler que les récentes attaques attribuées aux ADF ont fait une vingtaine de morts dans le territoire d’Irumu, en Ituri. D’autres massacres ont également été enregistrés dans la chefferie des Baswagha et le secteur des Bapere, en territoire de Lubero, au Nord-Kivu.
Sam Kitha D.